20 Décembre 2017 : Apéro avec Florence Gilbert

Apéro - Florence Gilbert

Florence Gilbert en quelques mots :

Diplômée de l’ISCOM en Master de Communication Globale, Florence Gilbert, après un passage dans le monde de la publicité et de l’entrepreunariat, rejoint en 1998 l’aventure Voiture & co, l’association qui a pour vocation de permettre à tous de mieux se déplacer en polluant moins. Elle y initie, organise et accompagne la mise en place du covoiturage nocturne lors des soirées étudiantes. Ces activités, plus de 150 par an, permettent de développer l’association et d’obtenir des partenariats nécessaires pour élargir son offre de mobilité durable et solidaire. En 2005, Florence Gilbert devient directrice de Voiture & co, poste qu’elle occupe depuis. Passionnée par les actions de terrain et engagée dans le développement de services de mobilité adaptés aux besoins de différents publics tels que les personnes en insertion ou les personnes âgées. Elle initie la mise en place de les premières plateformes de mobilité en 2007. Depuis, Voiture & co devenu Wimoov gère 25 dispositifs de ce type en France et continue à se développer. En 2012, l’association signe un partenariat d’envergure avec Renault et TOTAL. Avec Total, ils créent en 2013 le laboratoire de la Mobilité Inclusive qui a pour but de faire émerger dans le débat public le sujet de la mobilité des publics vulnérables et de créer des services innovants de mobilité à destination des publics fragiles sur les territoires enclavés. Fille de publicité au début de son parcours professionnel, autodidacte, elle est aujourd’hui gestionnaire d’une entreprise sociale et dirigeante d’une équipe de plus de 100 salariés.

 

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Les réponses de Florence Gilbert aux 5 questions de Femmes en Mouvement :

 

  • Quels sont les enjeux de la mobilité et des transports aujourd’hui ?

 

Selon moi, deux types d’enjeux distincts sont à prendre en compte.

D’un côté, il y a évidemment des enjeux globaux qui existent depuis plusieurs mois voire années. La mobilité rurale est l’un des principaux : il s’agit d’instaurer une équité sur les territoires ruraux afin que les usagers arrêtent de subir leur mobilité (notons que 85 % des habitants de zones rurales ont une voiture individuelle par manque d’alternatives de modes transport). Il faut également mettre en place un accompagnement à l’utilisation des transports dans le cadre de la mobilité quotidienne urbaine pour faire que les personnes fragiles y aient accès. Dans ce cadre, la loi LOM permet une mobilité inclusive grâce à un accompagnement et une gestion des freins à l’utilisation des nouveaux moyens de transports comme le covoiturage ou le vélo.

D’un autre côté, il faut désormais composer avec les enjeux émanant de la crise sanitaire du Covid-19. La pandémie comporte deux aspects aux conséquences opposées : si elle a permis une prise de conscience au niveau des enjeux écologiques et donc une envie de se déplacer autrement car chacun a mesuré son impact sur l’environnement par le biais des gaz à effet de serre émis par les transports, une peur s’est installée. Il existe désormais un frein tant financier que cognitif à cette envie de changer ses habitudes de déplacements puisque les transports sont, dans l’esprit collectif, des lieux de contagion par excellence. Le retour à l’utilisation massive de la voiture individuelle en est l’une des principales répercussions. Un besoin majeur d’accompagnement et de formation sur ces sujets émerge. C’est pourquoi, chez Wimoov, nous travaillons avec les personnes âgées pour qui la peur du virus se cumule avec les anciennes craintes que sont celles de chuter ou de se perdre. Il faut donc créer des formations destinées aux publics dits « fragiles » (demandeurs d’emploi, personnes handicapées, personnes âgées…) afin de comprendre leurs difficultés et les aider à y répondre. Un exemple concret de cela consiste à accompagner les personnes âgées dans les transports sur quelques trajets afin de les rassurer et de leur démontrer qu’elles sont en mesure de le faire seules et régulièrement sans risque accru.

 

  • Quelle est votre vision de la mobilité à l’horizon + 5 ans ?

Je pense que la mobilité va évoluer pour devenir plus organisée, c’est-à-dire qu’elle comportera plus de nœuds de mobilité rassemblant des moyens de transports nombreux et variés. Cela donnera sans doute lieu au déploiement d’un nouveau métier, celui de conseiller mobilité, qui accompagnera les usagers dans leurs changements de pratiques à travers le choix des meilleures solutions de mobilité selon le territoire. Dans cette optique, l’augmentation des propositions d’offres de moyens de transport doublée d’un accompagnement dans les changements de pratiques en fonction des problématiques de chacun semble être le modèle qui se dessine.

La mobilité deviendra également plus durable, dans le sens où elle sera davantage partagée et active. Durant la crise sanitaire, nous avons subi un arrêt brutal du phénomène « plus vite et plus loin » au profit d’une meilleure combinaison des moyens de transport pour profiter davantage de notre mobilité et de notre temps. Nous nous dirigeons donc vers une mobilité plus raisonnée et en adéquation avec le mode de vie souhaité grâce aux « hub mobilité ».

 

 

  • La mixité est-elle un enjeu au sein de votre organisation ? Et si oui, à quels niveaux ? 

 

La mixité est évidemment un enjeu au sein de Wimoov, pour plusieurs raisons mais principalement parce que les questions de mixité rejoignent celles de diversité : c’est une richesse à tous les niveaux, des conseillers mobilité aux organes de décision. La mixité et la parité sont inscrites dans l’ADN de la structure, elles ont toujours existé sans que cela n’ait constitué une contrainte car cela s’est instauré naturellement. Nous faisons attention à ce qu’un dialogue social continu et constructif s’exerce sur ces questions.

J’ai moi-même bénéficié de cette atmosphère tolérante en été nommée directrice de Wimoov en 2005, à mon retour de congé maternité. L’organisation très flexible des horaires de travail (avec la possibilité d’aller chercher les enfants à 17h) permet de ne pas avoir à choisir entre la vie personnelle et professionnelle. 

Nous élargissons cette vision des choses aux questions de handicap : nous publions des annonces destinées à des personnes en situations de handicap, les locaux sont adaptés pour les employés qui en ont besoin et ce, au-delà de l’obligation de se conformer à la loi en vigueur. Pour notre structure, cela relève de nos convictions et d’un apport de richesse pour tous puisque ces mesures bénéficient à tout le monde en termes de niveau de qualité de vie au travail. 

Il ne faut pas négliger que la mise en place de ces mesures sur la mixité et la diversité a pu être facilitée par le fait que nous exerçons dans un milieu à la fois associatif et plutôt féminin.

 

  • Un de nos engagements est de promouvoir une mobilité inclusive. Avez-vous en tête des mesures ou des politiques publiques inspirantes ?

 

J’aimerais d’abord souligner les apports de la loi LOM promulguée en décembre dernier en termes de promotion de la mobilité inclusive.

Je pense que nous devrions nous inspirer des mesures prises au Danemark et au Japon, pays qui imaginent leurs politiques de transport pour les publics les plus en difficultés, à l’inverse de la France où nous instaurons des mesures « sparadrap » qui ne font (la plupart du temps) que masquer un problème de fond. En d’autres termes, je pense que les mesures ou politiques publiques inspirantes sont celles à vocation universelle dès leur conception, à l’instar du système de codes couleurs sur les quais de métro au Danemark qui permet de pouvoir voyager quand on est étranger ou qu’on ne sait pas lire par exemple. Cela a l’avantage de ne pas stigmatiser des personnes concernées. Dans cette optique, nous essayons chez Wimoov de rendre inclusives les offres actuelles, même si cela devrait être pensé avant leur mise en place.

 

 

  • Être une femme dans le secteur des transports : un atout ? Une barrière ? Quelle est votre expérience ?

 

Quand j’ai commencé dans cet environnement, c’était la double peine : jeune et femme mais ça a agi un moteur pour moi d’être reconnue et entendue. 

Aujourd’hui, deux points me rendent très enthousiastes : la nouvelle génération a une culture différente : la mixité est un fait et les femmes ont fait leur place dans ce monde qui change. Beaucoup de femmes occupent des postes à responsabilité : opérateurs / AOM / Start UP et notre ancienne Ministre chargée des Transports. Aujourd’hui, je pense que si on devait me décrire ça serait plutôt passionnée qui primerait plutôt que le fait que je suis une femme. Il faut que nous restions vigilantes et que nous assumions de peut-être avoir une sensibilité plus forte sur les sujets d’exclusion, de management ! et donc engageons-nous, permettons-nous de ne pas être un homme : je pense que ça permet à l’ensemble de l’environnement d’évoluer.

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