8 mars 2018 : Apéro avec Bénédicte Barbry

Apéro - Bénédicte Barbry-1

Entrée chez NORAUTO en 1989, Bénédicte BARBRY a été directrice du marketing entre 1992 et 1998, puis directrice de la communication de Norauto à partir de 1998. Particulièrement mobilisée à titre personnel et professionnel sur les enjeux de Sécurité Routière et de Développement Durable, elle initie dès 1992 de vastes programmes d’actions et d’engagement en matière de Sécurité Routière et d’Environnement au titre du groupe Norauto, en liens étroits avec les principales parties prenantes impliquées. Elle lance ainsi dès 2001 le Prix Norauto de la Sécurité Routière, récompensant des associations particulièrement actives en la matière en Europe, et crée la Fondation Norauto en 2005, dédiée à une conduite solidaire et responsable. Elle est en charge de la communication et du développement durable de l’entreprise devenue MOBIVIA Groupe (Norauto, Midas, Carter Cash Altermove,..) jusque 2011.

Elle est aujourd’hui Directrice des Relations Extérieures et Affaires Publiques de MOBIVIA.

Bénédicte BARBRY est également Présidente de RECYVALOR, association interprofessionnelle créée en 2008 et regroupant tous les acteurs de la filière pneumatique dont la mission est d’éliminer l’ensemble des stocks de pneumatiques recensés dans la nature sur le territoire français. Depuis Juillet 2012, elle est administratrice et Vice Présidente de l’AVERE (association et plateforme de référence de la mobilité électrique) et depuis janvier 2015, elle est Vice Présidente des Services Multimarques de l’Automobile au sein du CNPA (Conseil National des Professions de l’Automobile), qui fédère les principales enseignes multimarques d’entretien et réparation automobile, et Membre du Conseil d’Orientation Stratégique du CNPA .

 

 

Les réponses de Bénédicte Barbry aux 5 questions de Femmes en Mouvement :

Quels sont les enjeux de la mobilité et des transports aujourd’hui ?

Selon moi, la mobilité et les transports comportent trois enjeux majeurs actuellement.

D’abord, les émissions liées aux transports imposent un enjeu tant environnemental et climatique que de santé publique. Afin d’y remédier, des solutions existent à l’instar de la décarbonisation de la mobilité et des transports.

Dans cette optique apparaît également un enjeu de démobilité évident avec les changements de comportements à l’œuvre à la fois pendant et après la crise du Covid-19. Malgré tout, le retour à une ancienne mobilité n’est pas évident car la perte de mobilité rime avec la perte de lien social. Il s’agit donc de conserver un équilibre entre le besoin essentiel de mobilité d’un côté, et la tendance à l’excès de l’autre (le fait de ne plus se poser la question de l’impact de notre mobilité conduit à trop se déplacer, sans besoin réel). Cet équilibre devra être repensé sous le prisme de l’impact de la mobilité de chacun sur l’environnement dans un souci d’optimisation individuelle. J’espère que la crise sanitaire actuelle contribuera à modifier les comportement grâce à une prise de conscience sur le long terme : aujourd’hui, il est presque devenu trop facile (et peut-être trop abordable) de se déplacer par le biais de moyens de transports à fort impact sur l’environnement (c’est le sujet des vols intérieurs et/ou low cost pour parcourir des grandes distances juste pour un week-end par exemple). Les solutions de mobilité douce sont donc à privilégier.

Enfin, le troisième enjeu est social. Il s’agit de rendre accessible au plus grand nombre la mobilité et les transports dans une optique de mobilité inclusive. Une nouvelle fois, la crise sanitaire actuelle et le maintien des métiers liés aux transports durant le confinement nous montrent à quel point la mobilité est un enjeu vital, un besoin de première nécessité.

Quelle est votre vision de la mobilité à l’horizon + 5 ans ?

Je pense que nous nous dirigeons vers une démobilité liée à une prise de conscience croissante de l’impact de la mobilité. Ainsi, la mobilité risque d’être davantage intermodale grâce au développement de moyens de transports plus décarbonés (comme le vélo), et plus partagée notamment au travers du covoiturage et ce, malgré la crise sanitaire et les enjeux liés aux transports en ces temps. Le phénomène de démobilité sera également induit par l’augmentation du télétravail et la volonté de relocaliser les industries françaises. Progressivement, une forme d’exode urbain va se mettre en place dans un souci de qualité de vie lorsque l’on travaille de chez soi notamment. Une des conséquences de cela consistera en le développement des transports individuels à l’instar des deux roues ou du covoiturage. Le sujet des véhicules autonomes et du transport à la demande est également à envisager pour répondre à des besoins de mobilité et de couverture de l’ensemble des territoires du pays.

Nous assisterons également à l’accélération du développement et du déploiement des véhicules électriques et hybrides grâce aux volontés politiques évoluant dans ce sens et la prise de conscience de ces enjeux évoquée précédemment.  D’ailleurs, cela est également visible dans le secteur du transport aérien au sein duquel les plans de relance récemment proposés sont conditionnés à des plans de décarbonation.

 

La mixité est-elle un enjeu au sein de votre organisation ? Et si oui, à quels niveaux ? 

Je travaille chez Mobivia dont le périmètre métier est l’automobile et la mobilité. De fait, il s’agit d’un secteur très masculin car il consiste surtout à travailler dans des ateliers pour réparer des véhicules.

Cependant, malgré le fait qu’il faille prendre en compte cette réalité car elle est liée à la nature du métier, je ne vis pas le fait d’être une femme dans ce secteur comme un problème. Je dirais même que je considère comme une valeur ajoutée et une richesse le fait d’avoir une diversité de compétences, de profils et donc de genre au sein d’une équipe.

Je trouve qu’il est important de promouvoir la mixité dans les organisations, sans pour autant vouloir en faire un diktat. Bien que la discrimination positive puisse donner une impulsion première pour faire bouger les lignes, cela peut rapidement devenir un handicap. En effet, les organisations ont principalement besoin de profils motivés, engagés et compétents peu importe le sexe, plutôt que de devoir se conformer à des quotas qui pourront poser problème. A titre d’exemple, le secteur dans lequel je travaille est considéré comme en tension, c’est-à-dire qu’il souffre de difficultés pour recruter. Ce type de quotas ne peut que rendre cette tâche encore plus ardue.

Selon moi, une dynamique doit être créée afin de valoriser ces métiers aux yeux des jeunes, des femmes voire des enfants, et prouver qu’ils sont accessibles et intéressants pour eux en tant que métiers d’avenir. Aujourd’hui, il y a très peu de femmes dans les Comex ou les comités d’administrations : il est également nécessaire de sensibiliser les recruteurs et les dirigeants sur le fait que les femmes sont tout aussi compétentes que les hommes dans les métiers de l’automobile car les discriminations à l’embauche existent et peuvent freiner ces vocations.

 

Un de nos engagements est de promouvoir une mobilité inclusive. Avez-vous en tête des mesures ou des politiques publiques inspirantes ?

J’ai évoqué précédemment le fait que la mobilité inclusive était un enjeu majeur de la mobilité et des transports aujourd’hui, car la mobilité c’est la vie. Il suffit d’être privé de mobilité à cause du Covid-19, d’une jambe cassée ou d’un handicap pour se rendre compte à quel point il s’agit d’un besoin vital.

Les politiques publiques doivent intégrer une dimension économique et sociale à la mobilité pour la rendre accessible pour tous. Je pense notamment à la Loi d’Orientation des Mobilités (LOM) du 24 décembre 2019 qui garantit l’accès aux transports pour tous quelques soient les revenus grâce à des mesures telles que des chèque mobilité, la gratuité des transports ou un système de forfait. Les personnes vieillissantes, handicapées ou encore les parents avec une poussette doivent aussi avoir accès la mobilité. Enfin, la sécurité dans les transports doit être assurée et effective, surtout pour les femmes. Dans ce sens, les numéros d’alerte mis en place semblent être une bonne initiative.

Etre une femme dans le secteur des transports : un atout ? Une barrière ? Quelle est votre expérience ?

Cela fait trente ans que je travaille chez Mobivia et donc dans le secteur de la mobilité et de l’automobile. Je n’ai jamais vécu le fait d’être une femme comme une barrière, mais plutôt comme un atout. J’étais entourée d’hommes et bénéficiais donc d’une certaine singularité, d’un regard et d’une sensibilité différents qui m’ont permis de prendre une place particulière, y compris sur des sujets peu occupés par les hommes comme les projets de développement durable. Les femmes peuvent donc atteindre des places particulières, des postes stratégiques et mener leurs carrières, parfois différemment des hommes.

Je pense que le fait d’être une femme n’a pas été un frein pour moi aussi parce que j’ai eu la chance de travailler dans une entreprise dont les dirigeants ont toujours eu à cœur de veiller à ce que cela ne soit pas le cas, tant au niveau de la maternité que de la gestion du temps de travail en fonction des périodes de la vie. Travailler 30 ans dans une entreprise qui cultive cette mentalité m’a donné l’opportunité d’évoluer, depuis la sortie de mes études jusqu’à maintenant.

Je pense que c’est une erreur pour les femmes de vouloir ressembler aux hommes. Je prône la culture de la différence et de la singularité : il faut développer nos particularités pour ne pas tous être « rangés dans le même moule ». Je suis persuadée que c’est par cette mentalité que les femmes atteindront les plus hauts postes.

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