17 Janvier 2019 : Petit-déjeuner exceptionnel avec Anne-Marie Idrac

c. event anne-marie idrac

 

 

Les réponses d’Anne-Marie Idrac aux 5 questions de Femmes en Mouvement :

 

Quels sont les enjeux de la mobilité et des transports aujourd’hui ?

Le confinement se définit par l’interruption des mobilités. Leur rôle essentiel dans nos vies individuelles et dans le fonctionnement de la société est apparu en pleine lumière. C’est à juste titre qu’ont été salués celles et ceux qui ont continué à assurer le service « minimum », pour le transport des travailleurs indispensables et les approvisionnements.

Il me semble très important de continuer à faire valoir les valeurs de liberté et d’échanges qui donnent leur sens à la mobilité, tout en en soulageant les contraintes et inconvénients. Je n’aimerais pas un « monde d’après » immobile, enfermé…

À court terme, les enjeux économiques et sociaux sont énormes : beaucoup d’efforts devront être faits pour pallier les difficultés liées, tous modes confondus, à la réduction de la demande pendant la crise sanitaire, qui pourrait se prolonger en raison de la crise économique. Il ne faudrait pas que ces restructurations privent trop les acteurs publics et privés de capacités d’investir et d’innover. Espérons au contraire qu’elles soient l’occasion d’accélérer les évolutions préexistantes concernant notamment la prise en compte des enjeux environnementaux et de qualité de services. L’accompagnement des transitions est essentiel.

Un enjeu particulier est de redonner confiance dans les transports collectifs pour pallier le prétexte d’une meilleure sécurité sanitaire de l’automobile individuelle. De manière générale, il y a un paradoxe entre d’une part l’aspiration à l’individualisation des déplacements personnels et des livraisons, et d’autre part le souci environnemental auquel la massification des flux apporte une réponse, pas la seule bien sûr, mais très structurante.

 

Quelle est votre vision de la mobilité à l’horizon + 5 ans ?

Une seule chose me semble à peu près certaine : dans tous les pays de l’OCDE, à l’exception peut-être des USA, et en Chine, le verdissement des mobilités sera un axe fort pour nous Européens, dans le cadre politique et financier du Green Deal et des programmes nationaux associés. En outre, la digitalisation de toutes les activités continuera à irriguer tant les offres que les demandes de mobilités.

Mais au-delà de ces grandes lignes, je ne connais pas d’acteurs ayant aujourd’hui de visibilité à horizon de 5 ans. D’abord, aucun scénario ou presque n’intégrait la baisse des mobilités : on n’évoquait que leurs améliorations, les transferts intermodaux, la satisfaction de besoins mal couverts… Il faut désormais prendre en compte des hypothèses de reformatage à la baisse. Ensuite, les trajectoires sont pleines d’interrogations stratégiques, en lien avec les possibles évolutions de la société et de l’économie. En voici quelques-unes :

La combinaison e-travail / e-commerce signifie-t-elle moins de déplacements des personnes, davantage de livraisons des marchandises ?

Irons-nous sur le moyen terme vers moins de densité urbaine, donc des modèles de déplacements plus complexes à organiser en qualité notamment environnementale ?

Les offres commerciales de micro mobilités trouveront-elles des modèles d’affaires soutenables ?

Moins de tourisme contribuant à l’équilibre financier des opérations ? Davantage de productions locales, avec quelle logistique territoriale et quels schémas de mobilités des salariés ? …

Et sur un autre plan, quelles prises en charge des coûts d’une mobilité plus verte ? La France a connu sur ce sujet plusieurs crises politiques (bonnets rouges, gilets jaunes). Pour quelques années encore, tous les véhicules à motorisations « vertes » resteront chers.  Quelle pérennité des systèmes d’aides généreux dont nous Français avions la chance de bénéficier ?

La mixité est-elle un enjeu au sein de votre organisation ? Et si oui, à quels niveaux ?

Oui bien sûr ! Vous connaissez mon parcours personnel, qui explique largement mon soutien à votre association.  Les enjeux sont tels qu’il ne faut pas se priver de la moitié des talents.

Il y a en réalité beaucoup de femmes dans les métiers du transport. Pour aller encore plus loin, l’une des difficultés est que beaucoup de ces métiers sont techniques, avec des viviers insuffisants pour le recrutement de femmes ingénieurs ou techniciennes ! Pour certains métiers d’exploitation, il peut y avoir aussi les contraintes de conciliation avec la vie privée. Et puis, comme dans tous les métiers, les femmes n’osent souvent pas assez.

 

Un de nos engagements est de promouvoir une mobilité inclusive. Avez-vous en tête des mesures ou des politiques publiques inspirantes ?

Pour moi, être immobile c’est être ou risquer d’être exclu (mais peut-être cela doit peut-être être reconsidéré ?). L’accessibilité à la possibilité de se déplacer me semble essentielle. C’est là que se justifie le plus l’individualisation des offres de mobilités. Parmi d’innombrables expériences, j’ai en tête le financement du permis de conduire (eh oui…) pour les jeunes, ou encore des services de véhicules autonomes à la demande pour des personnes âgées isolées que j’ai vus en cours d’expérimentation au Japon et dans l’agglomération de Rouen.

 

Etre une femme dans le secteur des transports : un atout ? Une barrière ? Quelle est votre expérience ?

Personnellement, j’ai trouvé que cela est à la fois une exigence et une chance.

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