22 septembre 2020 : Apéro lyonnais avec Hélène Lorenzi-Hardouin et Emilie Butel

L’apport du monde de l’innovation dans la gestion de la crise sanitaire

L’apéro de rentrée Femmes en Mouvement à Lyon, c’était mardi 22/09 : nous avons parlé Innovation, Travail collaboratif en situation de crise, Transport et Mobilité autour d’une drôle de borne !

Un sujet d’actualité en pleine semaine de la mobilité :

Les intervenantes Hélène Lorenzi-Hardouin de LBA et Emilie Butel du Sytral nous ont présenté comment, en plein état d’urgence Covid-19, dans une PME à l’arrêt comme dans une collectivité en pleine crise, des idées concrètes et solides ont pu émerger de la tourmente.
Comment chacun des deux univers, pourtant si différents d’apparence, a su adapter savoir-faire et capacité d’innovation, pour proposer des solutions efficaces : l’une centrée sur ses usagers des transports collectifs de Lyon et l’autre sur le maintien de son activité de PME et la pérennité des emplois de ses 140 salariés.

L’histoire de chemins croisés à la naissance de Miss Clean :  une borne sécurisée pour le nettoyage des mains totalement adaptée à l’espace public, prévue pour un usage massif et résistant au vandalisme et de celui d’une collectivité, de ses délégataires et partenaires, qui mettent tout en œuvre pour assurer la sécurité sanitaire de leurs usagers et personnels, leur imposant de tutoyer de toutes nouvelles compétences en un temps record.

La borne Miss Clean

Quelques mots au sujet des intervenantes de cette rencontre : 

Hélène Lorenzi-Hardouin a rejoint le groupe LBA en janvier 2020 comme Directrice Générale Adjointe.
Architecte et Urbaniste de formation, son double cursus la rend extrêmement engagée dans la conception de la ville durable et de ses aménagements, et ce depuis 20 ans au sein des groupes Poste Immo puis Artelia avant de rejoindre le groupe La Barrière Automatique & Amco.
Dans son approche, l’innovation est une démarche collective de bon sens et de réponse à un besoin émergent. En s’appuyant sur des connaissances et forces déjà connues, cette posture permet de créer des solutions efficientes tout en imaginant l’évidence.

Emilie Butel a rejoint le SYTRAL en janvier 2019 comme Directrice de l’Innovation.
Ingénieure INSA de formation, sa carrière a été jalonnée de projets innovants d’infrastructure et d’équipements au service de mobilités collectives ou partagées, pendant 16 ans sous le prisme de l’ingénierie des transports, au sein des groupes Egis puis Verdi Ingénierie avant de rejoindre le SYTRAL.
Bien qu’ayant une forte appétence pour les nouvelles technologies, elle veille à ce que l’innovation soit avant tout d’être créatrice de valeur, et parfois, simple et pragmatique, elle peut tout à fait naître loin du champ des défis technologiques.

Regards croisés sur une rencontre entre une PME et une collectivité en période de confinement…

A la suite de la crise sanitaire, le groupe La Barrière Automatique a subi un arrêt brutal de son activité : 140 personnes en charge de la fabrication de bornes escamotables et de barrières de sécurité adaptables en milieu urbain, industriel ou sur les axes autoroutiers, se sont retrouvés à l’arrêt du fait de l’indisponibilité des transporteurs et de leur réseau d’installateurs. Il n’était plus possible de fournir les clients même si la production 100% française de la PME avait la possibilité de continuer avec le protocole sanitaire strict qu’elle avait mis en place pour réapprovisionner la fabrication.

La collectivité territoriale de son côté avait pour nouveaux défis de désinfecter quotidiennement les véhicules, trouver des moyens pour offrir à ses usagers la possibilité de se désinfecter les mains, protéger ses personnels, gérer les flux de circulation des usagers et leur signaler sur le réseau les gestes barrière à respecter, ou enfin inventer des solutions pour limiter les contacts tactiles sur le réseau.  Dans le contexte de la commande publique, la mise en concurrence est imposée et elle est peu compatible avec la nécessité de mettre en œuvre très rapidement des solutions pragmatiques.

Par le biais de l’expérimentation, seule solution possible pour une situation exceptionnelle, le Sytral s’est mis en posture de chasse et de mise en veille en coordination avec ses délégataires, les équipes de la métropole et l’écosystème du transport public en France et à l’international.

Le groupe LBA, déjà connu par la Métropole de Lyon via la qualité de ses mobiliers urbains de sécurité, a résolu la question que cette dernière lui a posé pour répondre à son devoir de protection sanitaire de ses habitants : comment offrir une solution gratuite, accessible et protégée d’hygiène publique ? et ceci dans un contexte de pénurie de gel et de panique générale. Autrement dit comment utiliser du mobilier urbain de qualité déjà reconnue, et qui a prouvé son efficacité, pour devenir également une solution « barrière » à l’épidémie !

La conception de la barrière de gel : de l’idée à l’action

Comment proposer des diffuseurs de gel, dans des contenants robustes qui puissent servir le public ? En faisant le point sur les stocks des ateliers, Hélène Lorenzi-Hardouin et son équipe ont constaté que les totems urbains de feux pour les bornes escamotables, mobilier urbain solide, étaient parfaitement adaptés pour répondre à ce besoin. Les équipes ont alors adapté leurs savoir-faire et la chaîne de production en en temps record : des produits solides, pérennes et réversibles ont alors été transformés en distributeur de gel. « Nous nous sommes tournés vers des fabricants de gel qui étaient débordés et en rupture pour adapter leurs pompes de distribution dans nos bornes. Ils ne savaient pas proposer une technologie de distribution immédiate et résistante pour la distribution de gel dans l’espace public. Nous avons donc inventé notre propre solution intégrant une distribution sans contact connectée et pilotable à distance »

« En temps normal, les développements peuvent parfois durer un an pour proposer un produit : dans la situation de confinement, l’urgence et le travail commun avec nos commanditaires ont permis de réduire la création de ce produit à moins d’un mois grâce à un véritable élan des salariés pour trouver ensemble une solution. »

Proposer un produit sécuritaire dans des espaces publics souterrains…

Un problème de taille s’est présenté aux équipes du Sytral en charge de trouver une solution de désinfection pour les mains des usagers : le liquide gel hydroalcoolique est un produit inflammable donc impossible à proposer dans des espaces publics souterrains qui accueillent du public.

Il fallait donc partir en quête d’un produit non inflammable dimensionné pour le métro avec une cadence d’utilisation qui ne soit ni trop cher compte tenu de la quantité nécessaire à un réseau de transport de la dimension de Lyon, ni trop détergent ou nocif pour l’environnement ou les matériels c’est à dire avec des produits naturels.

Emilie Butel nous explique le travail de veille du Sytral et la quête de solutions propres, désinfectantes, efficaces contre le Covid, en quantité, à un prix acceptable et si possible françaises pour aboutir à des pistes pertinentes. La société Aquama est alors rentrée en jeu avec sa solution singulière basée sur un principe d’hydrolyse.

En se coordonnant avec la Métropole sur ses propres avancées, le Sytral découvre la borne de LBA et fait découvrir Aquama à LBA qui teste le produit dans sa borne avec succès.

En croisant ses retours d’expérience avec une autre autorité organisatrice et pas des moindres, Ile de France Mobilité, le Sytral présente ces deux produits et opportunités à cet acteur et les possibilités se croisent et croissent. Le Sytral a alors joué son rôle de mise en relation entre les industriels du désinfectant et la PME LBA : en fusionnant le contenant sécurisé et le produit qui remplissait les besoins sécuritaires, tarifaires et environnementaux… LBA a fait évoluer son produit final et le Sytral répondait aux exigences imposées pour sécuriser le système de transport urbain.

L’innovation et l’urgence un apporteur de solutions….

Car même si les valeurs sont partagées par tous, au quotidien, la transversalité et la prise de recul sont souvent difficiles car elles semblent trop chronophages à tous. La gestion d’une crise impose à tous une mise en situation pour appréhender les difficultés des métiers d’à côté et rapidement les solutions arrivent et se dessinent en équipe.
Dans la collectivité territoriale, l’enjeu de la crise sanitaire était un sujet supplémentaire à traiter dans l’urgence, venant s’ajouter et perturber l’avancement des projets. L’innovation a pu prouver sa capacité à apporter des solutions plutôt que de demander une énergie qu’habituellement on rechigne à libérer. Le travail collaboratif a permis agilité et réactivité à tous les étages et ainsi de lever les différents obstacles un par un : le prix, l’origine, la résistance, la solidité, l’absence de toxicité, l’absence d’agents inflammables, l’impact sur la propreté, … L’agilité a été incroyable, l’objectif commun était le problème à résoudre, le mode de fonctionnement l’a permis dans un processus de proximité géographique durable.

Et ensuite : Qu’est-ce qu’on fait de ce travail collaboratif et de cette expérimentation ?

Un lien extraordinaire s’est créé, sans « barrière » entre 2 mondes très différents, en s’investissant dans un but précis et vertueux. Le sujet du développement durable a également garanti et obligé à trouver des solutions pour l’avenir. La temporalité a été modifiée et pris une autre envergure.

L’innovation seule est déjà ancrée dans les habitudes dans le secteur de la mobilité et du transport ainsi que chez LBA mais l’intérêt dans la situation du 1er semestre était que l’innovation est bien partie du besoin, et de façon commune à 2 structures. L’innovation, parfois ou souvent perçue comme un « poil à gratter » déstabilisant sans cesse des organisations solides et efficaces dans leurs missions premières est enfin apparue dans toute sa force face à la tourmente. Ce sont les besoins fonctionnels qui ont guidé les différentes structures dans leurs démarches respectives et démonstration est faite de la puissance de la co-conception !

Remarque de la Métropole de Lyon : l’expérience de LBA sur le territoire du Grand Lyon a permis d’emblée une grande confiance dans la réflexion, quand la PME est venue avec son idée de transformation, le Grand Lyon savait qu’il y avait une expertise et une garantie que l’outil allait bien s’insérer dans l’espace public. L’état d’urgence a permis d’accélérer les procédures d’appel d’offre pour agir pour la sortie de crise => 20 bornes sont actuellement au service de tous dans l’agglomération. L’énergie de chacun et la motivation commune ont permis cette réussite. Par ailleurs, l’état d’esprit collaboratif dans la gestion d’équipe et le relationnel lié à l’écoute des besoins font partie de l’ADN de LBA ce qui a facilité le travail commun et la bonne mise en œuvre du projet.

Question d’une adhérente : « Constatez-vous un changement dans les relations entre les équipes en interne et en externe ? Pensez-vous que hors situation de crise, ces relations peuvent-elles être durables ?

La réunion d’aujourd’hui est la réponse, il faut continuer à réseauter pour échanger et inventer ensemble. Les obligations en termes de commandes n’étaient pas habituelles, ont permis d’aller plus vite. Les modalités contractuelles sont donc à revoir pour rester durables hors situation de crise. La solution LBA avec Miss Clean est un cours de déploiement en France et à l’international pour d’autres types de structures recevant du public :  écoles, centre commerciaux, ..le marché est donc ouvert sur d’autres expérimentations.  C’est toute la difficulté de trouver et le contenant et le contenu pour l’adapter au lieu et au contexte.

Autre question d’une adhérente : Comment s’assurer de la pérennité dans les idées trop souvent arrêtées par une réglementation ou par la non-volonté à trouver une solution ?

L’humain compte beaucoup, l’adhésion de tous aussi, l’urgence du moment a poussé les murs et les idées. Les barrières ont sauté plus facilement. La réalité des équipes industrielles ou collectivité est qu’elles s’interdisent souvent de se rencontrer entre mondes différents, ce qui met des freins à la bonne prise en compte des besoins et à l’écoute.

La crise a mis sur « pause » un certain nombre d’habitudes et de non-remise en cause, et a poussé chacun dans son métier ou son activité à regarder et associer d’autres expertises.
Espérons que ce virage pris laissera des traces et permettra à l’avenir de s’ouvrir plus entre métiers, secteurs d’activité ou structures différentes !

 

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